Mouvement de résistance contre le plan Lycée 4.0 de la région Grand Est

jeudi 2 mai 2019
par  Sud Education CA

Communiqué de SUD Education Lorraine

Avis à tou·te·s les collègues :

Vous connaissez sans doute l’existence du plan Lycée 4.0 : initialement présenté comme une expérimentation à la rentrée 2017, il rentre maintenant dans sa phase d’application globale sans qu’aucune évaluation ait été rendue publique. Ce plan consiste à équiper chaque lycéen·ne d’un ordinateur portable personnel (équipement dont la charge était jusqu’à présent en partie assumée par les familles) afin que les manuels scolaires soient remplacés par leur version numérique.

Nous sommes nombreux·ses à contester cette décision politique. Nos critiques portent sur les conséquences écologiques d’un équipement individuel de chaque élève, les impacts sanitaire et social de la surexposition aux écrans, le choix de partenariat avec Microsoft, la non-évaluation préalable des besoins, le coût financier de ce plan, ainsi que son intérêt pédagogique.

Des questions restées sans réponse

Nous, groupe d’enseignant·e·s du lycée Henri Poincaré de Nancy, avons tenté d’obtenir des réponses à ces questionnements en envoyant une lettre cosignée par une cinquantaine de citoyen·ne·s au Conseil Régional en novembre dernier. Malgré de nombreuses relances, nous n’avons même pas eu droit à un accusé de réception. Au contraire, la région accélère le processus et s’apprête à le généraliser à la rentrée 2019. Nous avons tenté récemment d’interpeller à nouveau nos élu·e·s sur ces questionnements, démarche vaine.

Sous la pression, la région Grand Est a finalement décidé d’offrir - avec l’argent des contribuables -, cet ordinateur portable (équipé d’une suite Microsoft) à chaque lycéen·ne. La Région ne communique pas précisément sur le coût de ce plan : 24 millions d’euros pour la seule rentrée 2019 d’après l’Est Républicain, 38 millions d’après un conseiller régional de l’opposition, mais peut-être encore davantage en comptant l’achat des ordinateurs et le coût de la mise en place de l’infrastructure inhérente à un tel plan.

Un impact environnemental certain

Nous nous alarmons de l’énorme impact environnemental de ce suréquipement informatique de chaque élève, très polluant et coûteux en énergie (fabrication des équipements, consommation énergétique des data center, de la navigation en ligne...).

Une présentation de cet impact de nos pratiques numériques, qui est visible sur le site suivant, créé sous l’égide du ministère de l’économie et des finances http://www.ordi3-0.fr/impact-environnemental-numerique.htm

Pour exemple, "le simple fait de regarder une heure de vidéo sur une tablette ou un smartphone consomme d’avantage d’électricité qu’un réfrigérateur pendant toute une année" "Selon le cabinet d’étude Carbone 4, le fait que l’empreinte carbone des Français ait stagné, et non baissé, ces cinq dernières années s’explique par le poste « informatique », dont les consommations augmentent, contrebalançant entièrement les gains réalisés sur la consommation d’énergie des logements."

A l’heure où nos lycéen·ne·s marchent pour le climat, les équiper d’appareils non recyclables, coûteux en énergie, dont l’obsolescence est programmée, et dont l’utilité pédagogique est incertaine, nous paraît peu compatible avec une juste préoccupation pour la transition écologique.

Des conséquences néfastes sur la santé et le bien-être des lycéens et de leurs familles

Nous sommes persuadé·e·s que l’arrivée d’un écran supplémentaire et personnellement dédié à chaque lycéen·ne au sein des familles ne pourra qu’accentuer la difficulté de la tâche des parents qui voudraient surveiller et limiter l’usage de celui-ci, dont l’impact sanitaire sur les adolescent·e·s n’est plus à démontrer : les professionnel·le·s de santé soulignent l’augmentation des problèmes ophtalmiques, des problèmes de comportement, de concentration et de qualité de sommeil induits par l’usage excessif de l’ordinateur. (voir l’analyse des données de la National Survey of Children’s Health 2016 : https://www.santelog.com/actualites/temps-decran-opter-pour-une-duree-limitee-pour-le-bien-etre-de-lenfant )

Un bénéfice pédagogique incertain

Il ne s’agit pas pour nous de nier l’intérêt de l’usage du numérique dans nos classes ; pour la plupart d’entre nous, l’ordinateur et le vidéo-projecteur sont devenus des outils quotidiens. Mais le suréquipement par des ordinateurs individuels ne nous paraît pas justifié et ne répond pas à des besoins exprimés. Plus qu’un auxiliaire à la pédagogie, l’ordinateur individuel, présent sur chaque table, risque d’entraver le fonctionnement du cours, matériellement et par les distractions qu’il risque de générer. Comment être sûr d’avoir l’attention de lycéen·ne·s qui sont en cours derrière un écran sur lequel peut se trouver aussi bien le manuel numérique qui appuie la séance, que des jeux, des vidéos, des notifications de réseaux sociaux, etc. ? Comment maintenir le lien humain nécessaire à tout apprentissage efficace ?

A l’issue d’un récent congrès (28 et 29 mars) sur "les sciences cognitives dans la salle de classe", Stanislas Dehaene, président du conseil scientifique de l’Education Nationale, tirait cette conclusion : :« Cette escalade dans l’équipement dont sont très friands les conseils régionaux et les mairies se fait de façon désordonnée, sans but pédagogique. Souvent parce que les élus considèrent que c’est prestigieux, que c’est le progrès et qu’il faut donc y aller ».

Un gaspillage de l’argent public

Les bénéfices pédagogiques du plan 4.0 sont incertains. Ses impacts négatifs sur l’environnement et la santé des lycéen·ne·s sont parfaitement connus ; comment justifier cet investissement massif de l’argent public, qui pourrait être tellement mieux employé, pour la pédagogie, pour le bien-être des lycéen·ne·s, pour la maintenance des établissements ?

En conseil pédagogique élargi concernant ce plan, nous avons proposé de faire un état des lieux de de nos besoins numériques, ce qui a été jugé hors de propos par l’administration. Nous pouvons tous constater dans nos établissements comment cet argent pourrait être investi plus utilement (entretien, réparation, isolation des lycées, recrutement d’agents, équipement informatique de salles...).

Que faire ?

Profondément inquiet·e·s de l’impossibilité de dialoguer avec nos élu·e·s, et effaré·e·s du "syndrome de l’autruche" dont ils/elles souffrent envers la problématique du réchauffement climatique, nous lançons une pétition demandant un moratoire sur ce plan, pétition dont voici le lien :
Plan Lycée 4.0 et urgence climatique, une schizophrénie assumée

Nous vous invitons à la signer et à la diffuser au plus grand nombre.

D’autre part, nous souhaiterions recevoir des témoignages sur l’expérimentation, et entendre vos réflexions sur ce plan. A cette fin, nous avons mis en place un mur collaboratif sur lequel vous pouvez vous exprimer : Réflexion Plan Lycée 4.0

https://annuel.framapad.org/p/reflexion-plan-lycee-4-0

Il faut savoir que cinq autres régions s’apprêtent à adopter un dispositif similaire, il est grand temps de se mobiliser, avant que cela ne se généralise à toute la France.

Si vous souhaitez être tenus au courant ou vous investir dans ce mouvement de résistance, vous pouvez nous transmettre votre adresse mail en nous écrivant à :
plan-lycee-4-0@framalistes.org

Confraternellement,

Des enseignant·e·s consterné·e·s de Poinca


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